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Dessiner l’air

Durant les mois de mars et avril, Pied la Biche a participé à un projet de recherche pour le laboratoire CRESSON au nom évocateur : “l’ambiance est dans l’air”. Nicolas Tixier qui dirige cette recherche en trace les contours ainsi : “au travers d’un objet commun qui est l’atmosphère, ce projet de recherche court et à visée exploratoire propose de mettre les travaux relatifs aux ambiances architecturales et urbaines à l’épreuve des approches environnementalistes, et ainsi de commencer à évaluer plus largement leurs apports réciproques”.
A cet effet plusieurs chantiers sont poursuivis durant une année et demi dont une étude de terrain en deux temps sur Grenoble autour du thème de la Chaleur. Un premier temps concerne les modalités graphiques permettant de présenter les dynamiques d’usages liés aux phénomènes de fortes chaleurs (un second temps concerne un travail vidéo dont le détail sera donné dans un prochain article). Face aux difficultés de rendre visible ces dynamiques qui sont par nature invisibles Nicolas Tixier propose une réinterprétaion d’un outil architectural classique : la coupe. Ainsi “on se propose d’étudier le dispositif de la « coupe urbaine » comme lieu de rencontre entre les enjeux environnementaux globaux et les enjeux locaux d’ambiances situées prenant en compte les dimensions sensibles de l’espace et les pratiques vécues. Sur cette hypothèse de départ de la coupe urbaine comme mode de représentation permettant d’articuler ce qui habituellement est séparé, à savoir les objets construits, le monde sensible et les pratiques sociales, on propose de mener un travail exploratoire et appliqué en lien aux préoccupations environnementales des chaleurs urbaines avec la ville de Grenoble.”

La coupe est envisagée comme protocole graphique de rencontre, ” qualifiant les situations d’interactions sensibles dont on fait l’expérience à un moment donné dans un lieu donné, la notion d’« ambiances » architecturales et urbaines qui resitue l’expérience
de l’usager et le rapport écologique qu’il entretient avec le monde, au cœur des enjeux urbains et des logiques d’habiter. La dimension atmosphérique prend alors toute son importance, que ce soit dans l’analyse ou dans le projet.
Devant la difficulté à représenter les ambiances, les conventions graphiques liées aux disciplines architecturales et urbaines présentent des opportunités. Si le plan peine à rendre compte de la complexité des ambiance sans démultiplier les couches et calques, la coupe se révèle apte à les intégrer.”

Depuis ces considérations, le travail exploratoire prend place sur deux territoires de la ville de Grenoble. Il est demandé à Pied la Biche de mettre en forme les enquêtes de terrain menées par les chercheurs du laboratoire.

Protocole de fabrication des coupes urbaines

En premier temps, la question des lieux de la coupe s’est posée à nous. Quel terrain choisir ? Devrait-on privilégier un site se prêtant particulièrement à la problématique des chaleurs urbaines ? Comment être au plus proche de cette thématique déjà lors du choix de l’objet ?
La mise en confrontation de deux univers singuliers nous a semblé judicieuse, et notre choix s’est donc porté sur deux sites grenoblois fortement différents : les quais de l’Isère et les Grands Boulevards.
Le premier, cœur historique de la ville de Grenoble, présente une architecture de pierre qui prend place autour de rues étroites. La présence de l’Isère et de la Bastille offre une situation climatique et topologique particulière.
Le second terrain se singularise par un environnement très minéral, un statut d’artère urbaine et des immeubles de résidences bâtis vers le milieu du XX ème siècle.
Deux milieux fortement contrastés, mais qui, de surcroît, font l’objet de projets urbains de la ville de Grenoble, l’un abouti (celui de la troisième ligne de tramway) l’autre en évolution (celui du réaménagement des quais de l’Isère).

Une fois ces grands tracés définis nous nous sommes rendus sur le terrain afin de relever, d’un point de vue corporel, les différentes ambiances ou micro-ambiances thermiques pouvant faire partie de cette coupe. Une ruelle ventée, une cour intérieure ombragée, un appartement sous les toits orienté plein Sud ou un boulevard urbain sont des formes urbaines qui proposent un usage et une ambiance climatique radicalement différentes. La juxtaposition de ces objets et le mouvement de notre corps dans cet environnement hybride, tout comme la course du soleil, nous exposent quotidiennement à de multiples nuances sensorielles qu’il nous semblait important de traduire dans la coupe.

Ayant relevé le nom des rues et le numéro des bâtiments sélectionnés pour la coupe nous avons ensuite consulté les permis de construire aux archives de la ville de Grenoble afin de tracer le cadre bâti de la coupe.
Lors de cette étape nous avons aussi pu découvrir l’intérieur de certains bâtiments dont l’accès nous était interdit. C’est ainsi, par exemple, que nous avons pris conscience que le tracé de la coupe passait par la piscine intérieure d’un centre de sport fitness.
Le relevé des espaces extérieurs (voiries, trottoirs, cours intérieures…) s’est fait à l’aide d’un mètre ruban.
Ces données nous ont permis de dessiner le cadre bâti du transect, constituant la base clinique de la coupe.

Mais comment lui donner un degré de consistance dépassant la description matérielle ? Comment recueillir des informations de tous ordres concernant la thématique de la chaleur ? Comment aborder cette question sans privilégier principalement les données quantitatives ? Comment recueillir les matériaux pour retranscrire un milieu, un climat, des données scientifiques, des températures, des vitesses de vent, mais aussi des savoirs vernaculaires, des pratiques habitantes, des ruses quotidiennes ou saisonnières, des histoires et expériences, tout comme des savoirs experts et techniciens, des praticiens de la ville et de l’espace public… ?

La méthode de recueil mise en place contient deux volets.

L’un concerne le recueil de mesures scientifiques, mesures quantitatives.
Dans un premier temps nous avons recueilli les données quantitatives de l’Agence d’Urbanisme de la Région Grenobloise. Celles-ci donne la température du rayonnement des surfaces sur la base d’une photographie infrarouge prise du haut. Ces mesures donnent grosso-modo des plages de rayonnement avec une précision de trente mètres.
Dans un second temps il s’est agi, lors d’un jour ensoleillé, de prendre des mesures de températures directement. A partir d’un thermomètre et d’une caméra thermique nous avons relevé les températures ambiantes et les températures de rayonnement des surfaces (sols et murs) à plusieurs endroits des transects. Ces mesures donnent des informations plus ponctuelles et mettent en évidence les micro-différences (ce que ne permettent pas les données de l’AURG).

Le second volet appelle à un recueil de données d’ordre qualitatif.
Pour ce faire, nous avons procédé par entretiens semi-directifs auprès d’usagers des lieux et de techniciens de la ville.

La question de l’échantillon :
La volonté première était d’interviewer les habitants des bâtiments coupés par le transect. Nous aurions aimé les rencontrer dans leur logement même, recueillir leur témoignage et observer de manière directe leurs pratiques et ruses mises en place pour faire face à la chaleur. Cependant la réticence d’un grand nombre d’entre eux nous a poussé à les rencontrer en dehors du logement ainsi qu’à interroger des personnes n’habitant pas exclusivement dans la coupe mais à proximité, dans des conditions similaires.
A l’origine nous avons donc contacté par téléphone les personnes habitants les lieux. Essuyant plusieurs refus, nous avons donc pris contact in situ avec les propriétaires de commerces, les unions de quartier, les passants, les résidants de la maison de retraite…

Le déroulement de l’entretien :
Plusieurs documents imprimés étaient requis lors de l’entretien : la coupe clinique, une photographie aérienne sur laquelle était indiqué le repère de coupe, ainsi que trois photos aériennes vierges d’échelles différentes (échelle du quartier, de l’agglomération grenobloise et de la vallée étendue). Nous invitions les personnes interrogées à annoter la coupe.
Par ce biais nous espérions mettre en place un principe de récurrence dans les discours.
Cet outil de représentation assez technique étant difficilement lisible par tout un chacun nous avons été confronté à des difficultés de compréhension du dessin. De plus, beaucoup d’interviewés se sentent intimidés devant l’acte de dessiner.
Le principe de récurrence s’est donc plutôt produit sur le plan oral, l’interviewer jouant le rôle de récepteur et passeur des points abordés par la précédente personne interrogée.

Les entretiens ont ensuite été retranscrits intégralement et certains passages ont été sélectionnés pour être ensuite intégrés à la représentation graphique de la coupe.

Remuer une image aérienne par vous

Retranscription graphique des données :
Face à l’hybridité des informations présentes sur le support plusieurs questions se sont posées à nous. Effectivement, comment mettre en relation au sein de la coupe le cadre bâti, les ambiances et les discours ? Et comment créer des degrés de lisibilité en fonction des échelles ?

Un code couleurs et un code graphique très simple ont été mis en place :
- Le bleu représente le froid, le rouge représente le chaud. Les dégradés représentent les nuances de températures.
- La trame de fond représente les mesures de températures de l’AURG.
- Les mesures ponctuelles sont indiquées par des marqueurs.
- Les flèches symbolisent les mouvements d’air (sur un mode de représentation proche des cartes météorologiques).
- Les techniques habitantes repérées lors des entretiens font de même l’objet d’une traduction graphique. On peut donc lire que telle personne ayant un appartement traversant ouvre ses fenêtres des deux cotés pour créer un courant d’air alors que telle autre utilise un ventilateur.

Par ailleurs la partie discursive a été retranscrite sous forme d’extraits reportés sous forme de bulles dans un registre proche de la bande dessinée.

Extrait d'une coupe sur Saint-Laurent par vous

Il y a donc deux processus : l’un de report des propos et l’autre de traduction graphique de ceux-ci. La traduction graphique permet de retranscrire des éléments des entretiens qui ne peuvent pas passer par le texte (gestes des interviewés, soit dans l’espace pour figurer une tactique ou sur la coupe pour pointer des éléments etc.).

Encore

Le centre d’art contemporain OUI, situé à Grenoble occupe un garage sur une parcelle qui est prêtée par la commune dans l’attente de la construction d’une ligne de tramway à l’horizon 2010. Il est animé par l’association AAA.

Sur la parcelle, en plus du garage, se trouve une vieille maison datant du début du XXème siècle. L’une des envie de l’équipe OUI en proposant l’occupation de cette parcelle était la transformation de cette maison en résidence, résidence pouvant fonctionner en complément des activités d’exposition situées dans le garage. Malheureusement il s’est avérée lors d’un diagnostic que la maison était insalubre et donc impropre à l’occupation. OUI a donc alors fait appel à ZOOM pour la production d’une esquisse de résidence pouvant prendre lieu et place de la maison actuelle. A la suite de l’affirmation qui donne son nom au centre d’art il nous fallait trouver un titre à l’extension qui soit en adéquation… le nom ENCORE a été retenu.

Le cahier des charges pour ENCORE a été fortement déterminé par la précarité de l’occupation du terrain. Il faut imaginer une extension constructible extrêmement rapidement sur une économie de projet très tendue. Au mieux, la résidence doit-être transportable ou démontable pour être remontée ailleurs…

LE PREMIER PROJET, début novembre 2007

Pour répondre aux enjeux du projet encore! et dans l’optique de demandes de subventions pour la construction ZOOM prépare un ensemble de schémas synthétisant les demandes de l’association AAA et les contraintes matérielles posées par la précarité du site.

Un premier programme est élaboré

La synthèse des enjeux liées à l’occupation du site amène à un certain nombre de choix techniques. ZOOM propose l’utilisation de conteneurs customisés et couplés à des systèmes d’autonomisation énergétique de l’équipement…

Un principe de bâtiment complètement autonome et mobile est adopté conjointement par ZOOM et AAA.

Plusieurs scénarii sont alors envisagés sur cette base dont la surface au sol varie de 30 à 90m2.

Chaque hypothèse est mise à l’épreuve de son implantation sur le site.

Après une demande de subvention infructueuse, le projet est suspendu pour quelques semaines.

RECYCLER LA MAISON SUR LA PARCELLE, février 2008

Bien qu’un projet d’extension ne soit pas encore possible la destruction de la maison s’approche et cet événement nous apparaît comme un déclencheur. Puisque le paysage du centre d’art est amené à se transformer radicalement et que le projet d’extension si inscrit (même à long terme) il s’agit de faire de cette destruction un premier acte du processus encore!

L’un des enjeux de la destruction se situe dans le recyclage des matériaux de construction de la maison. Un première prise de contact avec l’établissement public foncier local et les entreprises mandatées pour la destruction de la bâtisse nous enseigne que la récupération de matériaux, acte pourtant simple d’une gestion économe de ce que l’on appelle construire, est d’un point de vue administratif quasiment impossible. Un protocole comme celui-ci ne peut-être gérer du point de vue des conventions et des contrats mais plutôt en relation et négociation directe avec les ouvriers de la destruction.

Heureusement pour nous le contact avec les ouvriers de l’entreprise Nantet a été très positif. Le chantier nous a été ouvert pour une première récupération de petit matériel à l’intérieur de la construction.

UNE SURPRISE DE TAILLE, février 2008

La déconstruction a maintenant bien avancé. Les hommes de Nantet ont commencé par le toit puis ce sont attaqués aux murs. Et là, surprise : la maison, que le diagnostic donnait en machefer (sorte de parpaing de ciment), est en réalité en ossature bois…

Les murs de la maison sont composés de pièce de bois de 25×25 cm de section (environ), fermés intérieur et extérieur par un lattis en lames de bois enduit et rempli de gravats. La démolition de ce type de bâtiment demande une attention particulière au tri des matériaux. Il s’agit donc d’un travail de déconstruction où les murs vont être démontés peu à peu.

SAUVEGARDE DE LA MAISON SUR LA PARCELLE, vendredi 29 février 2008

Alors qu’elle devait être entièrement détruite, la collaboration entre ZOOM, OUI et Nantet à permis de conserver une partie de la maison située sur la parcelle du centre d’art. L’édicule en béton, la structure du premier étage, le plancher et la cave serviront de base à une nouvelle construction.

Cette sauvegarde pourra permettre avec un budget de quelques milliers d’euros de réaliser les ambitions initiales de l’association AAA d’un local-résidence et ce dans des délais d’une rapidité inespérée! Ce retournement incroyable est principalement dû à la bienveillance et l’attention des ouvriers de chez Nantet.

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LA MAISON OUI EST DÉTRUITE! 3 mars 2008.

Malgré les efforts conjugués de l’association AAA, de zoOM, de la mairie de Grenoble et de l’entreprise de destruction Nantet, la petite maison située sur la parcelle du centre d’Art OUI a finalement été entièrement détruite par l’Etablissement Public Foncier (EPFL) alors qu’un édicule en béton, les fondations et une structure en bois auraient pu servir de base solide pour l’extension du OUI (projet ENCORE!).

Il est tout de même à noter qu’une quantité importante de bois a pu être conserver. Elle pourra servir de base pour la réalisation ultérieure de cette extension.

INVENTAIRE DES MATÉRIAUX DE RÉCUP, lundi 19 mai 2008.

Après la tentative de conservation de la maison (en collaboration avec le OUI et les entreprises de démolition missionnées par l’EPFL), l’aventure Encore! reprend du service. L’entreprise Nantet ayant “mis de côté” pour le projet la structure bois de la défunte maison, l’équipe zoOM se lance dans un inventaire du matériel désormais disponible pour une future reconstruction. Au programme : tri, relevé, sondage et nettoyage. Affaire à suivre…

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“GRADINS TEMPORAIRES”, mardi 20 mai 2008

À l’occasion de la performance “Women & Monkeys” de Valentin Lechat, une partie du bois récupéré a pu servir de gradins pour le public. Simplement posés au sol et calé avec des parpaings de récup’ de l’expo précédente du OUI, les poutres et poteaux servaient de structure avec pour assises de simples carrés de carrémat découpés au cutter. L’installation, pensée par Valentin Lechat a pu accueillir une centaine de personnes.

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L’aventure ENCORE! suit son cours…

De l’échafaudage à… , mardi 4 novembre 2008

Jusqu’au 9 novembre, il y a au Oui une exposition qui se nomme Mammmmma (avec Eggert B, FXC, Valgedur Salome, Oktopuce, Por Por Por Coordonnée par Serge Comte et Julia Embla Katrinardottir). Dans le cadre de cette exposition un échafaudage, réalisé en planche de bois, a été monté sur la façade du Oui. 800 mètre de planches. Nous avons été contacté par l’équipe du Oui pour imaginer un projet d’abris/stockage qui réutilise ces planches. Nous leur avons donc proposé le projet suivant…

La construction utilisera principalement les planches récupérées. Le système constructif et les techniques d’assemblages secs choisis permettent de n’utiliser que très peu d’outils. Une scie sauteuse, une visseuse et un marteau. La construction aura lieu entre le 15 et le 25 novembre 2008.

La construction , mercredi 17 décembre 2008

Les éléments de charpente sont tracés et construits au sol avant d’être mis en place. 5 cadres sont posés puis le plancher et la toiture sont platelés. Une étanchéité est ensuite agrafée.

L’abri est terminé

L’Abri Couleur

Installation réalisée au quartier de la Villeneuve à Grenoble, en collaboration avec le centre social de l’Arlequin et l’école maternelle de la Rampe.